Affaire du crash du Boeing 737-200 de la Camair: Issa Tchiroma Bakary n'a-t-il pas intérêt à voir le juge?
Écrit par cameroun-info
Dimanche, 05 Août 2012 09:07
Le cas vient éclairer telle une lanterne rouge, le procédé si cher au régime du Président Paul Biya, dont l'observation de l'une des conditions de nominations des dignitaires révèle une étrange pratique. En effet, depuis plus de deux décennies, il a été constaté le fait que la plupart des Ministres de ce régime étaient choisis presqu'exclusivement parmi des directeurs de sociétés para publiques à la gestion douteuse, traînant derrière eux des casseroles.
Ce faisant, cette posture offrait au pouvoir la possibilité de contrôler toute la coterie, dont les créatures ne pouvaient plus se démarquer de l'équipe, politiquement s'entend, sous peine de poursuites judiciaires pour crimes économiques antérieurement commis.
L'on aura ainsi vu nombre de proies de l'Epervier capturées à la suite des dérives managériales, très souvent perpétrées alors qu'elles géraient lesdites structures sociétales, parfois dix à vingt ans plus tard. L'un des cas les plus patents est celui d'Alphonse Siyam Siéwé qui, en toute naïveté avait soigneusement pillé le Port Autonome de Douala (PAD), après le Laboratoire National de Génie Civil (Labogénie), certainement à la faveur des exigences formulées par le parti des flammes, dont on sait que le financement proviendrait de ces canaux. Il était alors Ministre des mines de l'Eau et de l'Energie, au moment même où il s'y attendait le moins.
Pierre Désiré Engo, l'ex tout puissant et arrogant directeur général de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) et Emmanuel Gérard Ondo Ndong, ex-Directeur Général du Fonds national d'équipement intercommunal (Feicom), n'avaient non plus échappé à cette logique. Les deux déclaraient invariablement avoir financé les campagnes électorales du RDPC. Des révélations que le régime ne pouvait aucunement tolérer, en provenance des personnalités choisies en vertu, non de leur probité managériale, mais par la grâce de leur indéfectible attachement aux idéaux du même parti.
Voici donc de croustillantes révélations faites par Marafa Hamidou Yaya, en liaison avec le crash du Boeing 737-200 immatriculé Tj-Cbe et baptisé le Nyong, dans lesquelles le Mincom est indexé comme étant l'une des personnalités impliquées, suite aux actes de corruption ayant précédé la signature d'un foireux contrat de maintenance de la flotte aérienne de la Camair, lequel était à l'origine du décès de 71 compatriotes, dont l'indemnisation des ayants-droit reste un curieux mystère, suivi de la perte d'un autre avion de marque Boeing 747-200, baptisé Le Combi. Ne doit-il pas dès lors s'interroger sur cette magnanimité du pouvoir à lui éviter des poursuites judiciaires, pendant qu'il prétend n'épargner aucun auteur ou acteur d'acte de corruption dans son programme dit d'assainissement? Loin s'en faut. Issa Tchiroma Bakary préfère plutôt se complaire dans un candide et éphémère soulagement.
Compte tenu de ce qui précède, il semble pourtant tout indiqué pour lui, de se faire auditionner par le procureur de la République, afin de se blanchir triomphalement desdites accusations, si tant est qu'il soit si exempt de reproche, tel qu'il a cru devoir l'afficher lors de sa récente intervention télévisée. Nul n'ignore et les dispositions de l'article 135 et 136 section Ill (Des attributions du procureur de la République) sont claires là-dessus que, le Mincom, bien qu'apparemment sûr de lui, pourrait cependant se faire rattraper plus tard par cette affaire en veilleuse, même si l'action entreprise par des députés soucieux de faire jaillir la vérité sur ce scandale venaient à échouer, une procédure du reste soigneusement entravée par le régime de Yaoundé, par solidarité avec ce partenaire politique.
Les gesticulations du régime visant à lui procurer une aura de leader d'opinion dans le septentrion en remplacement de Monsieur Marafa Hamidou Yaya en disgrâce, n'ont jusqu'ici produit aucun signe de fébrilité en provenance des sympathisants de l'ex-Sg/Pr. D'où le scepticisme évident quant à sa longévité, au terme des dénonciations exercées par le détenu du Sed.
Pourrait-il alors se priver de procéder à l'évocation d'une persécution politique, au moment de son inéluctable interpellation? Rien n'est moins sûr. Toutefois, la leçon devrait lui enseigner que la plupart des détenus de la prétendue opération épervier sont ceux qui, hier, justifiaient encore un rôle diffus, joué par des acteurs de l'arbitraire délirant qui sévit dans notre triangle national. Nul n'aurait donc le droit de se croire à l'abri et dans ce cas, il vaudrait mieux prendre le taureau par les cornes.